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Interview de Jeanne Martel, envoyée spéciale en Afrique de l'Ouest

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© Jeanne Martel, envoyée spéciale Région Pays de la Loire

Les envoyés spéciaux sont des collaborateurs du Conseil régional des Pays de la Loire, en partenariat avec l’agence nationale Business France. Ils sont dédiés et mobilisés pour accompagner le déploiement de la stratégie régionale à l’international. Ils sont hébergés au sein des bureaux de Business France à l’étranger. Rencontre avec Jeanne Martel qui est l’envoyée spéciale de la Région des Pays de la Loire en Afrique de l'Ouest :

Pouvez-vous présenter votre mission ?

Installée à Abidjan (Côte d’Ivoire) depuis 4 ans, je suis en poste depuis un an en tant qu’envoyée spéciale pour la Région des Pays de la Loire en Afrique de l’Ouest.

Mes missions : faire la promotion des atouts et expertises de la Région auprès des acteurs ouest-africains et identifier les opportunités d’affaires, d’investissement et de financement dans certains secteurs d’activité à potentiel (agriculture, numérique, maritime, ville durable…) en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Bénin et au Ghana (pays priorisés sur la zone). L’envoyé spéciale fait remonter un maximum d’informations et de clés auprès des entreprises, des pôles de compétitivité et autres acteurs de la Région intéressés par la zone afin de les aider au mieux dans leur démarche à l’export en Afrique.

Pour cela, je travaille au quotidien avec la Team France export (Business France, BPI, les CCI), les services économiques des Ambassades et la Cheffe de projet Afrique du Conseil régional des Pays de la Loire basée à Nantes. J’interviens également sur le volet de la coopération internationale en accompagnant des établissements de formation et des ONGs dans leurs projets de développement en Afrique. 

Avez-vous une expérience à nous partager ?

En décembre dernier, j’ai réalisé ma première mission technique au Bénin pour notamment assurer le suivi des projets de plusieurs acteurs ligériens dans ce pays. A cette occasion, j’ai visité la ferme maraichère de 18 ha « les Primeurs du Bénin », véritable projet pilote et démonstrateur des savoirs faire de la société nantaise Divatec et de sa filiale Veginnov en maraichage et techniques de production.

Ce projet à fort impact économique et social, est un bel exemple du savoir-faire agricole ligérien répondant à un besoin primordial de nombreux pays d’Afrique qui cherchent à structurer et professionnaliser leurs filières agricoles à fort potentiel de développement et de création d’emplois pour la jeunesse. L’objectif de cette ferme pilote est de produire une trentaine de variétés de légumes pour approvisionner le marché local, former des jeunes Béninois aux techniques de production, aider les producteurs locaux à se fédérer et idéalement dupliquer ce modèle de ferme au Bénin et ensuite dans la sous-région. 

Pouvez-vous nous en dire plus sur les secteurs agroalimentaire, viticole et végétal sur votre zone ?
Secteur agroalimentaire

L’industrie agroalimentaire en Afrique de l’Ouest représente une part importante du parc industriel et encore plus des exportations. Elle représente en 2019 17% du PIB ivoirien et 13 % du PIB sénégalais ainsi que 48 % du parc industriel sénégalais.

Les principaux secteurs dynamiques en Côte d’Ivoire sont ceux de la brasserie, des eaux minérales, de la transformation du thon, de la production de produits laitiers etc.… avec la présence de multinationales comme Nestlé, Danone, Castel, Compagnie Fruitière, Unilever etc. La France est le 1er fournisseur de produits alimentaires en Côte d’Ivoire, la qualité de ses produits y est appréciée (yaourts, fromage, vin et spiritueux etc.…) avec beaucoup de débouchés grâce à la grande distribution alimentaire qui y est assez développée (réseau de plus de 350 points de vente, hyper, supermarchés et supérettes).

L’industrie agroalimentaire est de plus la locomotive du tissu économique du Sénégal. La production des produits alimentaires était évaluée à 7,7 % du PIB en 2019 et son offre est très diversifiée : industries pour les boissons gazeuses et les jus de fruits, l’industrie du biscuit, l’industrie laitière et de la crème glacée, la transformation des fruits et légumes, l’industrie des pâtes alimentaires ou encore la transformation des viandes et de la pêche. 

Les secteurs porteurs pour les entreprises françaises en Afrique de l’Ouest sont entre autres les équipements (usines clés en main, lignes de production etc), l’emballage, le conditionnement et la chaine du froid. Dans le cadre des programmes nationaux de développement, se développent des Agropole (zones de transformation agricole) par filière en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Bénin, au Togo, au Cameroun et d’autres pays, qui seront des opportunités pour les investisseurs français et entreprises françaises spécialisées dans les équipements et transmission de savoir-faire technique. 


Secteur viticole

Alors que l’Afrique de l’Ouest est une zone très consommatrice de bière, la consommation de vin est en constante augmentation grâce à la classe moyenne qui émerge dans ces pays. Ces marchés sont loin d’être matures, il y a donc des opportunités pour les viticulteurs français d’exporter sur cette zone malgré la concurrence du secteur. Le Bordeau représente environ 80% du vin consommé en Afrique de l’Ouest, suivi du Vallée du Rhône alors que la région Val de Loire représente moins de 2% de la consommation.

Le Nigéria, 1ère économie du continent africain est le 2ème marché d’Afrique pour le vin et le 1er marché pour le Champagne. La classe moyenne nigériane favorise les produits importés, considérés de meilleure qualité, et la consommation du vin à la place de la bière, avec une préférence pour les vins entrée et milieu de gamme. La Côte d’Ivoire est quant à elle le 2ème débouché de la France derrière l’Espagne pour le vin avec une hausse des exportations de 20 % en volume et 4 % en valeur en 2020. Enfin, le Cameroun est un marché en forte progression dans la consommation de vin (+8 % en 2020) et la France est son 1er fournisseur en valeur et 2ème en volume. 

La croissance économique en Afrique de l’Ouest et les nouvelles façons de consommer le vin (nouveaux lieux, agrandissement des parcs hôtelier, diversification de l’offre, produits plus premium) représentent des opportunités à l’export pour les viticulteurs français. Il faut également savoir que sur cette zone, le packaging, le naming et la stratégie marketing sont très importants pour faire la différence sur ce marché où l’apparence est d’importance.  
 

Secteur Végétal

L’agriculture est l’un des secteurs clés des économies ouest-africaines. Il contribue en moyenne pour 20 à 30% du PIB et peut employer jusqu’à 60% de sa population active selon les pays de la zone. 

La Côte d’Ivoire a opté pour un développement économique basé sur le secteur agricole qui représente environ 25 % du PIB. Les filières du café et du cacao ont joué le rôle de locomotive du progrès du pays et permettent à eux seul d’avoir 40 % des recettes des exportations du pays. Le secteur agricole ivoirien est très diversifié avec une large gamme de cultures : hévéa, palmier à huile, ananas, bananes, coton, riz. Le Sénégal, pays disposant d’un climat et de vastes étendues propices à l’horticulture, mise quant à lui sur le développement de la production horticole, en constante progression avec une croissance de +21 % en 2019. La France a fourni 10 % des légumes au Sénégal en 2019 (forte concurrence des Pays Bas et de la Chine) et 4 % des fruits. 

Sur cette zone, la production doit gagner en productivité via la modernisation des moyens de production, ce qui attirera davantage la jeunesse africaine. Le secteur agricole est confronté à d’énormes défis en raison du manque d'infrastructures de qualité, d'électricité, de savoir-faire technique et de financement de projets. Ces faiblesses peuvent se traduire en opportunités pour les entreprises françaises, dont les produits bénéficient d’une image de qualité. Attention à ce marché de prix, sur lequel la France se fait concurrencer par le matériel chinois, indien, américain et brésilien. Les secteurs porteurs pour les entreprises françaises sur cette zone sont entre autres la formation technique, la transformation, la conservation, exportation de semences, d’engrais, de produits phytosanitaire et d’équipements et machines – afin de relever les défis sur l’ensemble de la chaine de valeurs de différentes filières agricoles. 

Données et chiffres issus de Business France
 

Avez-vous un conseil à donner aux entreprises qui souhaitent exporter sur cette zone ?

Le marché ouest-africain représente de belles opportunités pour les entreprises françaises qui savent les saisir. Voici quelques clés d’accès et d’approche commerciale à privilégier sur la zone : 

  • se faire accompagner : par la Team France Export, un consultant ou tout autre expert afin de bien connaitre les spécificités du marché visé, vérifier que son produit ou service correspond aux attentes du marché et être mis en relation avec des partenaires locaux fiables,
  • s’appuyer sur un partenaire local : cet aspect est très important en Afrique de l’Ouest car ce partenaire a une bonne connaissance de l’écosystème local,
  • mettre en avant ses références sur la zone : en Afrique communiquer sur sa structure et son offre est très important. Il faut donc élaborer une stratégie de communication et de marketing pour gagner en visibilité,
  • être patient et persévérant : conclure une affaire peut généralement prendre du temps et nécessiter plusieurs missions sur place. Il est important de maintenir une relation étroite avec les interlocuteurs en local, à distance ou en revenant régulièrement sur place, 
  • Sécuriser les paiements : pour ne pas avoir de mauvaise surprise, il est recommandé de demander une avance en fonction du montant fixé.   

[Interview de Jeanne Martel, Envoyée spéciale de la région Pays de la Loire en Afrique de l'Ouest, juillet 2021]

⇒ Une mission régionale aura lieu en mars 2022 à Abidjan - Plus d'information en cliquant ici.